mercredi 23 mai 2012

De Saint-Pierre-le-Viger à Bayeux

Pas notre meilleure journée.

Au départ, je me rends compte tout à coup que je suis vraiment légère. Où est mon iPad ? Nous avons pourtant bien tous les deux, chacun de notre côté, fait un dernier petit tour d'inspection dans la chambre comme c'est notre habitude. Il doit être resté dans le lit. C'est bien ça. Et si nous avions roulé cent cinquante kilomètres avant de nous en apercevoir, demande Roger ? IMPOSSIBLE, je réponds. IMOSSIBLE, tout simplement. Je me passerais de mon iPad pendant cent cinquante kilomètres ? IMPOSSIBLE.

Roger n'aime pas les autoroutes à péage parce que la signalisation des péages n'est pas normalisée et que nous finissons toujours par nous retrouver en fâcheuse position une fois ou l'autre. Je croyais pourtant avoir compris le truc : t blanc = télépéage, pas pour nous ; t blanc + flèche verte = télépéage et péage ordinaire, ok pour nous ; flèche verte seulement = péage ordinaire, ok pour nous. J'ai donc dirigé Roger ce matin vers une file t blanc + flèche verte. Pour y découvrir que non, il n'y a pas là de moyen de payer en argent. « Reculez » ordonne la voix qui répond au bouton d'appel. Heureusement, il n'y a pas beaucoup de gens qui passent. Apparemment, sur cette autoroute-là, le t blanc indique une allée à télépéage et la flèche verte ne sert qu'à indiquer que l'allée est en service. Grrrrrr.


Nous traversons le très beau pont de Normandie, en deux tronçons.

Au milieu, on peut sortir, c'est l'immense labyrinthe des installations portuaires du Havre. Roger avait l'intention de photographier le pont mais le temps s'y prête plus ou moins bien, un petit soleil faiblet avec une brume légère.




















On y voit aussi l'environnement de l'estuaire de la Seine, ses roselières, le tout fort bien expliqué le long d'un circuit (la mare pédagogique) très intéressant.


On y trouve aussi cet exemple d'une des piles qui soutiennent le pont (si le pont Champlain était fait comme ça, il ne tomberait pas en morceaux, grommelle Roger) et « le plus petit pont à haubans du monde », qui permet de comprendre la structure.




















Nous arrivons très tôt à Ryes. Ryes (Ri ? Rié ? Ryè ? Ryèce, peut-être ? - faudra demander). Petite faim. Arrêt à une boulangerie-pâtisserie où la vendeuse, maquillée comme pour une pièce de théâtre, ne semble pas avoir l'indication scénique sourire dans son rôle. J'achète un petit pain, je demande s'il est possible de la couper. Certainement. Pendant qu'elle coupe, je vois une affichette : coupe, 10 centimes. Il n'y a pas de petit profit. Je ne vois pas d'affichettes : sourire, xx centimes. Je crois qu'il n'y en a pas.

Je passe à côté, où un camion réfrigéré offre un comptoir de fromages qui ferait honte à plus d'une épicerie. Le vendeur n'est visiblement pas allé à la même école de commerce que sa voisine. Il est gentil comme tout et blague avec Roger. Il écrit soigneusement sa facture à la main. 4,66 €, annonce-t-il. Je tends 4,70 €. Il ne me rend rien. OK, ça devait être soixante-DIX et non soixante-SIX. Nous nous installons pour manger sur un petit banc de parc. C'est notre première fois cette année. Mais… misère de miséricorde… où est mon iPad ? À la boulangerie ! La vendeuse me jette un coup d'oeil indifférent à mon entrée, je reprends l'iPad laissé sur un comptoir où, bien franchement, il était invisible pour elle. Je dis bonjour. Pas elle.

Deux alertes iPad aujourd'hui. Y en aura-t-il une troisième ? La bonne - ou la mauvaise…

Après avoir mangé, je découvre la facture. 4,76 €. Zut ! Je retourne à toute vitesse au comptoir des fromages. Mes excuses, monsieur, je ne voulais pas vous voler six centimes, je lui tends une pièce de 10 centimes. Il rit, mais non, mais non, c'est pas grave, madame, et refuse ma pièce.

Avec le recul, je me demande s'il a dit SEPTante-SIX. Parce que SIX et DIX, d'accord, je peux confondre, mais j'aurais confondu SIX et SEIZE, ça me surprendrait.

Nous laissons les valises à la chambre, chez madame Henriette. Nous avions fait ce saut d'un jour seulement pour visiter Bayeux, qui nous attirait. Direction Bayeux donc. Mais Bayeux nous décourage avec ses rues étroites encombrées où l'on roule au pas. Découragement, fatigue, fuite.

Direction bord de l'eau. Ou front de mer, voit-on souvent annoncé ici. D'abord Arromanches-les-bains, très touristique, trop. C'est un des hauts lieux du débarquement en Normandie. Au nom du souvenir s'y côtoient bars, pizzerias, magasins de souvenirs et petits musées prétextes. Ensuite Asnelle, petite plage bien plus tranquille.


Et voici le moment que messieurs mes lecteurs fidèles attendaient, la photo pinup. Exemplaire personnel trois euros, autographié, dix euros. Coupé, supplément de dix centimes.




Nous soupons à l'Auberge des monts, juste au coin de la rue. Un couple de touristes allemands arrive en même temps que nous et nous les aidons, en anglais, pour suppléer à l'anglais plutôt approximatif de la patronne.

Comme madame Henriette avait mentionné ce restaurant dans notre correspondance, je l'avais cherché sur Internet avant de partir, et j'avais imprimé un bon pour un Trou normand gratuit. Et je ne l'ai pas oublié, certes non. J'y mange (Jean, ferme les yeux) une entrée de pâté, de l'andouillette - depuis le temps que je voulais essayer ça - et une coupe glacée avec deux boules de sorbet. Le pâté est tout à fait respectable, l'andouillette, c'est très bon et beaucoup plus nerveux et moins gras que je pensais, les frites sont ratées et le sorbet est exquis, je crois que ce sorbet au citron vert me restera en mémoire longtemps. Menu à 15 €.

Roger se laisse tenter par le menu à 23 € parce qu'il est atiré par son entrée d'huîtres. Elles sont très fines, promet la patronne, ni grasses ni laiteuses (ah bon). Il se fait décrire la matelote du pêcheur, opine du bonnet et commande le magret de canard. Il aura droit à une petite assiette de fromages et à un dessert, il commande une tarte Tatin - comme on sait, quand Roger aime quelque chose (ou, à ce compte-là, quelqu'un), c'est pour longtemps.

Et ce trou normand, finalement, nous l'a a-t-on offert ? Oh que oui, dans une délicieuse version maison ! Une petite boule de sorbet aux pommes arrosée de calvados.


2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je lis tes mots un à un avec une envie qui me chatouille , les descriptions sont parfaites et j'ai l'impression de vous suivre pas à pas, Je devrai surveiller ton ipad au prochain tournant :)

Dorémi a dit…

De ce que j'en ai entendu dire les gens du Bessin sont tout sauf agréables…