mercredi 30 mai 2012

Mercredi - Morlaix et autres

Ce matin, notre hôte nous explique que la maison est située à sept ou huit kilomètres à vol d'oiseau de la base militaire de Landivisiau. Elle comporte une plate-forme structurée comme un porte-avions et les Rafale s'entraînent à décoller et atterrir. Il y a toujours une escadrille en formation sur la base en plus de l'escadrille régulière. Resterons-nous ? Oui, décide Roger. Après tout, c'est surtout lui que ça risque d'empêcher de dormir, c'est pas exactement moi.

Longue conversation au déjeuner avec un autre couple installé ici. Lui est allemand, elle est coréenne. Ils se sont connus alors qu'elle faisait en Allemagne son doctorat en littérature allemande, il dit avec amusement qu'elle parle un meilleur allemand que lui. Nous parlons économie - le rôle de l'Allemagne dans l'Europe actuelle de par sa force économique ; le situation économique de la France, de l'Espagne. On nous a dit qu'à l'heure actuelle, en Espagne, pour faire un retrait de mille euros sur son compte, il faut d'abord prévenir sa banque ; des Espagnols traverseraient en France dans l'unique but de retirer des fonds depuis un distributeur de billets français. Je ne sais pas si c'est vrai. Comme le dit notre co-hôte allemand : l'argent n'est tout simplement pas là. Comme beaucoup d'autres conversations avec des Français, l'heure n'est pas à l'optimisme. Même les partisans de Hollande sont prudents dans leurs espoirs.

Temps gris, temps de ville. À Morlaix (moins de vingt minutes du Trégonec), le navigateur nous envoie directement dans une toute petite rue tortueuse, au milieu de laquelle une femme nous indique que c'est un sens unique qui se termine par une borne qui en ferme l'issue. Pas le choix, il faut reculer en serpentant. Roger peste, je le comprends. Il veut fuir mais devant mon air un peu (beaucoup) déçu, il revient. Nous garons la voiture à la première place disponible et nous marchons. Nous ne sommes pas dans le quartier le plus huppé de Morlaix, qui ne gagnera pas, elle non plus, de prix de beauté. N'empêche, il y a un viaduc là-bas… nous marchons. De toute façon, nous aimons marcher.

Arrêt dans une brasserie, formule salade, verre de vin, café gourmand. Parfait. J'observe à la table voisine une petite scène familiale typique de la dynamique Aînée vs Cadette. Cadette remuante, criarde, un peu agaçante. Aînée vertueusement sage et pas qu'un peu frustrée que sa sagesse ne soit pas reconnue. Cadette, vraiment, exagère, Papa en a assez et se fâche. Aînée en profite pour une remarque narquoise et se fait ramasser à son tour. Les joies de la famille, quoi. Et voici le café gourmand.

 

Nous marchons vers le viaduc de Morlaix et l'église Saint-Melaine juste à côté.

Pendant que Roger prend des photos autour et à l'intérieur de l'église, je m'essaie aussi.

 

Je sors me promener un peu. Je me fais aborder par deux hommes dans la force de l'âge qui, je crois, me chantent une triste romance sur leur famille qui a faim. Je dis que c'est mon mari qui a les sous. Je m'en vais sans me retourner, je crois qu'on m'accompagne de noms d'oiselles. Peu après, je vois Roger, souriant en silence sur un coin de rue, pendant que l'un de mes interlocuteurs gesticule sous son nez. Il me raconte qu'il s'est fait aborder lui aussi, en français, en anglais, et que le mec l'a même menacé de lui casser son appareil sur la tête avant de s'éloigner. Un peu plus loin, nous rencontrons une agente de police, à qui nous signalons nos interlocuteurs. Elle commence par croire que nous lui signalons deux Québécois et nous dit, ah non, on n'a jamais de problèmes avec les Québécois. On rit, on s'explique, elle ira voir.

Roger a observé une transaction : un homme en a appelé deux autres au téléphone, ils se sont rapprochés, le premier a discrètement glissé ce qui ressemblait à un paquet de cigarettes dans le sac à dos d'un des deux autres, mine de rien. Notre hôte nous dira plus tard que, oui, Morlaix à son lot de traîne-savates.

On flâne dans les rues, on se perd un peu, on revient à l'auto. On a chaud, on est fatigués. Retour, repos.

Bon, ça le reprend. Roger se languit du sentier des douaniers. Nous partons à sa recherche. Nous aboutissons à Saint-Martin-en-Grèves où nous marchons d'abord sur cette si belle grève avant de remonter sur la route.


Plans nous montre des sentiers possibles. Une dame fort jasante nous indique le bon chemin. Elle a voté Sarkozy, insiste qu'elle n'hésite pas à le dire. On se demande pourquoi elle hésiterait, après tout, presque la moitié de la France a fait comme elle. Hollande, elle dit qu'on verra bien. Elle dit aussi qu'elle a fait carrière à Paris mais qu'à sa retraite, elle a fui parce qu'elle n'en pouvait plus de ces gens-là. Est-ce que vous avez beaucoup de maghrébins, vous, au Québec ? Elle parle des jeunes qui vivent dans l'assistanat, ni plus ni moins. Bon bon.

Nous prenons le sentier indiqué mais au bout d'une demi-heure son tracė nous déçoit, il suit la grève mais ne permet pas de la voir, sauf par quelques rares et minuscules éclaircies. Demi-tour. Moment d'inquiétude : où est l'auto ? J'ai noté la position dans une appli qui sert à ça, récupérer la voiture, mais comme je suis un peu fatiguée (je dirais que nous avons marché une douzaine de kilomètres aujourd'hui), je fais apparaître la position mais au début, j'oublie de de faire correctement afficher où nous sommes. Nous marchons donc environ 500 mètres dans la mauvaise direction. Petit arrêt photo pour moi, j'en suis plutôt fière.

La grande question : sera-t-il possible d'acheter du Coke sur le chemin du retour ? Au Super U… non, fermé. À la boutique de la station Total ? Non, fermée elle aussi. Tant pis, il y a de l'eau, hein, à la chambre.

Hier, à la même heure, les Rafale passaient en… oui, en rafale. Ce soir, c'est beaucoup plus calme. Il est 20:44 et il fait grand jour. Et chaud.

 

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Reposez vous un peu , moi je me suis permis beaucoup de marche ces derniers jours et je me sens fatiguée mais tellement comblé de ce que j'ai pu voir ! Alors je suppose que comme moi vous appréciez ce que vos pieds vous permettent de découvrir !

Dorémi a dit…

Oui, même les gens de gauche sont prudents avec leurs espoirs : tant a été défait, démoli, gâché, par les gouvernements précédents et surtout par Sarko et sa clique (souviens-toi les dessins animés que j'avais mis en ligne avant l'élection de FH). Quatre-vingt mille postes supprimés rien que dans l'Education nationale, pour te donner une idée, mais toute la fonction publique a trinqué, le détricotage quasi systématique de ce qui avait été mis en place après la 2e Guerre mondiale, sans parler du coût de la vie qui a tellement augmenté…